L'Histoire du Haschich : Un Voyage de 5 000 Ans à Travers les Civilisations
Les origines préhistoriques
L'histoire du haschich se confond avec celle de la civilisation humaine. Les premières traces d'utilisation de la résine de cannabis remontent à plus de 5 000 ans, dans les régions montagneuses d'Asie centrale — le berceau supposé de la plante Cannabis sativa. Des résidus de cannabis brûlé datant de 2 500 avant J.-C. ont été découverts dans des tombes des steppes d'Asie centrale, attestant de l'ancienneté de la relation entre l'humanité et cette plante.
Les premiers peuples à exploiter systématiquement la résine de cannabis furent probablement les tribus nomades des montagnes de l'Hindu Kush, à cheval entre l'Afghanistan, le Pakistan et le nord de l'Inde actuels. Ces populations découvrirent que les glandes résineuses qui recouvrent les fleurs du cannabis contenaient des substances aux propriétés remarquables, et développèrent les premières techniques d'extraction — ancêtres du tamisage et du roulage à la main que nous connaissons encore aujourd'hui.
Le haschich dans les civilisations antiques
En Inde, les textes sacrés de l'hindouisme mentionnent le cannabis parmi les cinq plantes sacrées dès l'Atharva Veda (environ 1500 avant J.-C.). Le « bhang » (boisson à base de cannabis) et le charas (résine roulée à la main) sont associés à Shiva et occupent une place centrale dans les pratiques médicinales et spirituelles de l'Inde ancienne. La médecine ayurvédique utilise le cannabis depuis plus de 3 000 ans.
En Chine, l'empereur Shen Nung aurait prescrit le cannabis à des fins médicinales dès 2 737 avant J.-C., selon la pharmacopée traditionnelle chinoise. Le cannabis était utilisé comme anesthésique, anti-inflammatoire et sédatif. Les Scythes, peuple nomade des steppes eurasiennes, pratiquaient des rituels de purification dans des tentes remplies de fumée de cannabis, comme le rapporte l'historien grec Hérodote au Ve siècle avant J.-C.
L'expansion dans le monde islamique
Le haschich connut une diffusion considérable dans le monde musulman à partir du VIIe siècle. Si la consommation d'alcool était interdite par le Coran, le statut du cannabis faisait l'objet de débats théologiques, et sa consommation se répandit dans de nombreuses sociétés islamiques. Le mot « haschich » lui-même est d'origine arabe, signifiant « herbe » ou « herbe sèche ».
La légende la plus célèbre associée au haschich dans le monde islamique est celle de la secte des Assassins (Haschischins), fondée par Hassan ibn Sabbah au XIe siècle dans la forteresse d'Alamut en Perse. Selon la tradition — largement mythifiée par Marco Polo — les adeptes recevaient du haschich pour les conditionner à des missions suicidaires. Si cette version est contestée par les historiens modernes, elle a durablement marqué l'imaginaire occidental et donné naissance au mot « assassin ».
Le haschich en Europe
Le haschich a pénétré la culture européenne par plusieurs voies. Les campagnes napoléoniennes en Égypte (1798-1801) jouèrent un rôle catalyseur : les soldats français découvrirent le haschich au Caire et certains en rapportèrent en France, malgré l'interdiction prononcée par Napoléon. À Paris, le « Club des Haschischins » se réunit à l'Hôtel Pimodan (aujourd'hui Hôtel de Lauzun) sur l'île Saint-Louis entre 1844 et 1849, réunissant des figures littéraires comme Baudelaire, Dumas, Gautier et Delacroix.
Baudelaire consacra un chapitre entier aux effets du haschich dans « Les Paradis artificiels » (1860), offrant l'une des premières descriptions détaillées de l'expérience psychotrope en littérature française. Cette période marqua le début d'une fascination intellectuelle européenne pour le haschich qui perdure, sous différentes formes, jusqu'à aujourd'hui.
Les routes du haschich au XXe siècle
Le XXe siècle a vu le développement de véritables routes commerciales internationales du haschich. Le Maroc, le Liban, l'Afghanistan et le Pakistan sont devenus les principaux fournisseurs d'un marché mondial en expansion. Le « Hippie Trail » des années 1960-70, cette route mythique reliant Istanbul à Katmandou, a popularisé le haschich auprès d'une génération entière de jeunes Occidentaux.
La prohibition internationale, initiée par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, a criminalisé la production et le commerce de haschich dans la plupart des pays du monde. Paradoxalement, cette prohibition n'a pas éliminé le commerce mais l'a poussé dans la clandestinité, créant des économies souterraines considérables dans les régions productrices.
Le renouveau du CBD
Le XXIe siècle a vu émerger un phénomène inédit : la résurrection légale du haschich sous forme de résine CBD. La découverte et l'isolement du cannabidiol, puis la démonstration de ses propriétés bénéfiques sans effets psychotropes, ont ouvert la voie à un marché légal de la résine de chanvre. L'Europe est devenue le centre de cette renaissance, développant une industrie qui marie les techniques ancestrales de production de haschich avec les standards modernes de qualité et de traçabilité.
Cette évolution boucle la boucle historique : le haschich, compagnon de l'humanité depuis la préhistoire, retrouve une place légale et respectable dans nos sociétés modernes. La résine CBD perpétue un savoir-faire millénaire tout en s'inscrivant dans une démarche de bien-être contemporaine, libre de tout stigmate pénal.